Passer au contenu principal

François Devouassoud (1831-1905)

Nos rues de A à Z

F comme… François Devouassoud

Guide de haute montagne à la Compagnie des Guides de Chamonix et maître d’école durant l’hiver. En réalisant la 1èreascension de la face sud-est de l’Elbrouz (5 642 m) en 1868, il monte plus haut que le mont Blanc.

L’article en images

Légende photo :

Croix celtique, stèle funéraire offerte par le client Freshfield à son guide.

Légende photo :

Couverture du livre édité pour les 200 ans de la Compagnie des Guides de Chamonix

Légende photo :

Extrait du carnet de course de François Devouassoud 2

Légende photo :

Extrait du carnet de course de François Devouassoud 3

Légende photo :

Extrait du carnet de course de François Devouassoud 4

Légende photo :

Extrait du carnet de course de François Devouassoud 5

    François Joseph Devouassoud (1831-1905)

    Guide de haute montagne à la Compagnie des Guides de Chamonix et maître d’école durant l’hiver. En réalisant la 1èreascension de la face sud-est de l’Elbrouz (5 642 m) en 1868, il monte plus haut que le mont Blanc.

     De l’ancien cimetière de Chamonix subsiste, près de la porte de l’église, un monument funéraire inhabituel surmonté d’une croix celtique. Sur la stèle, est gravée une épitaphe en latin : À l’homme intègre, au compagnon-ami agréable regretté, au guide sagace et indomptable que nous avons vu pendant quarante ans.

    Pour que d’une telle vertu ni la mémoire ni l’exemple ne se perdent, cette pierre.

    Quelques-uns de ses amis que souvent à travers les cols des Alpes et les neiges du Caucase il avait conduits ont eu soin de faire ériger.

    Ce monument à la mémoire de François Devouassoud est un hommage de plusieurs clients à leur guide, et notamment de Douglas William Freshfield (explorateur, géographe, écrivain et historien britannique, président de la Royal Geographical Society de 1914 à 1917). Mais Freshfield fait mieux encore en rédigeant lui-même avec force éloges, la biographie de son guide, allant même jusqu’à citer les archives et noter l’orthographe ancienne de son nom remontant, dans la vallée, au XIVe siècle : Des Vuaczos. Il affirme vouloir faire le portrait sans fard de celui qu’il connaît intimement, en tant qu’homme et en tant que guide, depuis plus de vingt-trois ans.

    François Joseph Devouassoud, né au hameau des Barrats, est un homme cultivé, ayant fréquenté les collèges de Sallanches et de Bonneville, aimant la lecture et la géographie. Entre 1850 et 1864, il dirige l’école de Chamonix, laquelle ne se déroule qu’en hiver. Freshfield le dit curieux pour les voyages, avec un goût délicat pour les paysages de montagne et l’amour des nouvelles formes d’aventure. Resté célibataire, il partage son quotidien domestique avec sa sœur, quand il n’est pas engagé pour des voyages d’exploration vers des contrées lointaines, avec Freshfield notamment. Celui-ci souhaite faire œuvre de pionnier pour les alpinistes au centre du Caucase et affirme qu’il ne se serait pas lancé dans cette aventure sans François Devouassoud, un guide de premier ordre et un camarade à toute épreuve. C’est principalement grâce à ses compétences et à son endurance que nous réussîmes du premier coup, à la fois à gravir le mont Kazbek (5 047 m), à faire l’ascension de la face sud-est de l’Elbrouz (5 642 m) et à forcer un passage à travers les séracs du glacier de Karagam, la plus grande “Mer de Glace” à avoir été mesurée jusqu’à présent dans la chaîne caucasienne, écrit-il.

    Freshfield admire la grande technique en neige et en glace de son guide. Elle lui permettra de comptabiliser plus de cinquante premières parmi lesquelles la Cima Presanella (3 558 m, Trentin), la Grande Mèsule (3 478 m, Dolomites), le Pizzo Tresero (3 602 m, massif de l’Ortles), l’éperon nord-est du Bietschhorn (3 934 m, Alpes bernoises), le Piz Cengalo (3 369 m, Bernina), le Piz Badile (3 308 m, Bernina) le Sass Maor (2 814 m, Dolomites centrales), le chaînon des Pale (qui culmine à la Cima Vezzana, 3 192 m, (Dolomites)… Mais il admire tout autant l’homme dans des situations cocasses, monté sur un coursier arabe, entre deux rangées de poignards suanètes, ou traversant à gué des fleuves en crue… Cependant, ce sont peut-être ses qualités humaines qui le font se distinguer à ses yeux : Lorsqu’il reconnaît un vieil ami, ou qu’il s’imagine que quelqu’un est souffrant, ses yeux s’allument de compassion, et son cœur semble briller à travers les traits de son visage. Les enfants l’adorent. […] Sa conversation est originale et intéressante. Il allie la variété d’intérêts, la faculté d’observation et l’éloquence de l’homme cultivé, à la simplicité et à la largeur de vue du philosophe paysan. Son tact et sa courtoisie sont inépuisables ; ce ne sont pas de simples acquis sociaux, mais bien le résultat naturel d’un tempérament singulièrement bienveillant et intelligent.

    François Devouassoud s’éteint en 1905 et laisse ses clients terminer leur périple avec d’autres guides. Douglas William Freshfield aurait-il souhaité que son cher guide à la démarche à pas longs et lents, la démarche naturelle des montagnardsl’accompagne encore un peu ? On peut l’imaginer car leur amitié est si sincère que dans ses derniers instants de vie il l’appelle encore, lui son ami de toujours, le priant de lui apporter ses chaussures de montagne pour partir en course. Il écrira sur son propre carnet de voyage en 1864 : « L’année suivante, Devouassoud partit, avec moi et deux amis de facuIté, pour un long périple depuis Thonon aux bords du lac de Genève jusqu’à Trente, dans le Sud-Tyrol. Nous suivîmes la haute route, gravissant le mont Rose, le Rheinwaldhorn, le Piz Sella, le Piz Palü et le Königsspitze, et fîmes six autres courses, y compris la première de la Presanella, 11 688 pieds (3 834 m), le plus haut sommet des Alpes lombardes. »

    Bibliographie : La Compagnie des Guides de Chamonix – 200 ans d’histoire(s) – David Ravanel et Joëlle Dartigue-Paccalet. Ouvrage édité pour le bicentenaire de la plus ancienne compagnie de guides.