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Les Pèlerins d’en-Bas – Le tunnel et la route

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Commencés vers 1955, les travaux de creusement du tunnel sous le Mont-Blanc ont, incontestablement, transformé la vie de ce village, définitivement coupé en deux.

L’aménagement de la route d’accès à la plate-forme du tunnel fait l’effet, pour le village, d’une première estocade : tout commence par la démolition d’une des plus belles fermes de la vallée. C’est ensuite la forêt, la « bannia », celle que l’on pensait intouchable, des Pèlerins qui souffre sous les bulls-dozers.

« La route d’accès au tunnel a été prévue selon des tracés différents avant d’adopter celui qui sera définitif. Un de ceux-là aurait été moins préjudiciable au village. En effet, il longeait l’Arve sur sa rive droite, puis traversait la rivière et la voie ferrée au niveau de l’actuel pont des Piolets. Le tunnel s’ouvrait directement dans la montagne à cette altitude. »

Pourtant, c’est à travers les prés du Crêt, des Montquarts, des Rives, et des Songenaz que se trace la future Route Blanche. On aménage l’accès au chantier des gros engins, excavatrice « jumbo », pelles mécaniques et autres wagonnets d’extraction des matériaux… Le pont des Gaillands, resté trop fragile pour supporter la noria de camions montant et descendant de la plate-forme, est renforcé, ferraillé et bétonné.

Diaporama de l’article

  • Légende photo :

    Le mini-golf (qui sera détruit vers 1970)

  • Légende photo :

    Les premiers chalets en habitat collectif et 4 logements

  • Légende photo :

    La nouvelle école construite vers 1966 appelée Groupe solaire Jacques Balmat et comportant des classes de maternelle.

  • Légende photo :

    Les HLM Les Oiseaux

  • Légende photo :

    Façades architecturales simples et pratiques des bâtiments d’habitation des années 1970-80

  • Légende photo :

    Les premiers HLM, 4 logements par maison, chauffage individuel au bois ou au charbon (photo des années 1990)

    Le tunnel du Mont-Blanc et la route

    Commencés vers 1955, les travaux de creusement du tunnel sous le Mont-Blanc ont, incontestablement, transformé la vie de ce village, définitivement coupé en deux.

    L’aménagement de la route d’accès à la plate-forme du tunnel fait l’effet, pour le village, d’une première estocade : tout commence par la démolition d’une des plus belles fermes de la vallée. C’est ensuite la forêt, la « bannia », celle que l’on pensait intouchable, des Pèlerins qui souffre sous les bulls-dozers.

    « La route d’accès au tunnel a été prévue selon des tracés différents avant d’adopter celui qui sera définitif. Un de ceux-là aurait été moins préjudiciable au village. En effet, il longeait l’Arve sur sa rive droite, puis traversait la rivière et la voie ferrée au niveau de l’actuel pont des Piolets. Le tunnel s’ouvrait directement dans la montagne à cette altitude. »

    Pourtant, c’est à travers les prés du Crêt, des Montquarts, des Rives, et des Songenaz que se trace la future Route Blanche. On aménage l’accès au chantier des gros engins, excavatrice « jumbo », pelles mécaniques et autres wagonnets d’extraction des matériaux… Le pont des Gaillands, resté trop fragile pour supporter la noria de camions montant et descendant de la plate-forme, est renforcé, ferraillé et bétonné.

    Cet énorme chantier crée une véritable révolution dans la vie du village. La population est divisée entre les « d’Amous » et les « d’Avas », c’est-à-dire les habitants du haut du village et ceux du bas. La cassure s’amplifie. Séparés matériellement, ils auront davantage de peine à maintenir une vie communautaire « à l’ancienne ».

    D’autre part, un gros contingent d’ouvriers est embauché pour ce chantier colossal : maçons, mineurs, artificiers… Il est nécessaire de leur trouver des logements sur place, certains venant seuls, d’autres avec leur famille.

    Le chantier, qui durera près de dix ans, transforme le secteur. Une deuxième communauté naît, en parallèle de la première. Parfois les deux vivent en harmonie. À d’autres occasions, à l’inverse, un véritable schisme les divise. Il y a les vrais Pèlarnis, familles de vieille souche chamoniarde, et les autres, les « immigrés ».

    1956 : Les onze fleurs

    Les lieux sont-ils prédestinés ? Dès le mois de décembre 1932, la mairie commande une étude de « lotissement de la cité ouvrière, en harmonie avec les lieux » aux Pèlerins. La construction du téléphérique de l’Aiguille du Midi laissait présager un réel besoin de logements pour les nombreux ouvriers du chantier.

    Avec les travaux de la Route Blanche et du tunnel du Mont-Blanc, on assiste à une arrivée massive de personnes recrutées pour ce projet international démesuré. Venus seuls, dans un premier temps, les hommes ne tardent pas à faire venir leur famille. En accord avec les entreprises, la commune achète, en 1956, dans la zone des mouilles « d’Entre-les-Frasses », du terrain pour construire les premiers logements sociaux : onze petits bâtiments de quatre logements chacun. Gérés par l’Office HLM, on leur garde l’esprit et la forme chalet. Une montée d’escalier commune, deux logements par palier, des balcons ou des terrasses au sud, un bardage de bois et un toit à deux pans : ils sont coquets et, ornés de fleurs en balconnière, très sympathiques.

    Désormais, vingt ans suffiront pour transformer les champs cultivables et les prés de pâture traditionnels en une réelle cité où les petits bâtiments succèdent aux chalets collectifs et où les immeubles les plus hauts restent à taille humaine. Ils ont poussé comme des champignons et abritent près du quart de la population de la commune !

    1958 : Les trente-trois « Castorettes »

    L’entreprise Borie chargée des travaux de creusement du tunnel sous le Mont-Blanc, fait construire trente-trois petits chalets individuels, les « Castorettes », pour loger ses cadres et leurs familles. Très fonctionnels, ils sont conçus simplement, le séjour au sud et les chambres au nord, toiture à un seul pan.

    Ce boom considérable d’arrivants a un tel retentissement sur la vie quotidienne qu’il ne peut plus absorber l’effectif scolaire. On adjoint à la petite école de hameau des classes provisoirement abritées dans des préfabriqués en face des maisons de la cité Borie. On y nommera une institutrice, Madame Roselyne Pache.

    1961 :  Les cinq oiseaux

    Tout va très vite. À partir de 1961, à quelques années de l’inauguration du tunnel, la croissance démographique est tellement importante que la commune de Chamonix est débordée. Elle fait appel aux organismes HLM départementaux. L’Office HLM et la SA (Société Anonyme) HLM alternent leurs services pour concevoir et réaliser des logements locatifs peu onéreux pouvant abriter les nombreuses grosses familles. L’atelier d’architecture Bouvier-Chevallier, mandaté, planchera sur la table à dessin. Cinq premiers petits immeubles de trois étages, baptisés de noms d’oiseaux (Grand Tétras, Roitelet, Mésange, Perdrix Blanche et Pic-Vert) sont construits, clairs et ensoleillés grâce aux balcons ouverts au sud. Au total, cent quatre logements dont certains de type T5 pour les familles composées de grandes fratries.

    1964 : L’école Jacques-Balmat

    L’ancienne école de village, même agrandie de préfabriqués, ne suffit plus pour accueillir les nombreux enfants de cette nouvelle jeune cité des Pèlerins. Un groupe scolaire, baptisé Jacques-Balmat, du nom de l’illustre vainqueur du Mont-Blanc, est élevé en 1964 en lieu et place du vieux bâtiment quasi centenaire.

    Dessinés par la plume des architectes Bouvier-Chevallier, les enseignants et les élèves apprécient ces locaux clairs et d’entretien facile, dotés de classes spécifiques pour les « maternelles », d’un gymnase et d’un réfectoire attenant à une cuisine.

    La commune, tenue de loger les enseignants de l’école élémentaire, fait ériger, voisinant les salles de classe un bâtiment de quatre étages : dix-huit appartements à la disposition des maîtres et des maîtresses !

    1967 : Les deux Lierres

    Les demandes de logement continuent d’affluer à la mairie. À peine quelques années plus tard (1967-1970), sur d’anciens délaissés de l’Arve que le cadastre intitule « les Lierres »[1], deux bâtiments sortiront de terre, nés aux-aussi de la plume des architectes Bouvier-Chevallier. Cent quatorze appartements se répartissent en deux « tours » de cinq étages dont les façades, objet de travaux de ravalement il y a quelques années, s’agrémentent de charmants balcons fleuris.

    1970 : Les trois Combes

    Les trois tours des Combes suivent, en 1970-1973, mais dessinées par les architectes J. Potiquet et M. Ristic-Potiquet chamoniards. Une centaine de logements locatifs sont à nouveau disponibles, construits dans ces combes creusées autrefois par la Creusaz capricieuse et dévastatrice. Dans des immeubles de huit étages surplombant le stade, les logements sont disposés en hélice autour de la cage centrale d’ascenseur et d’escalier. Par souci d’économie, les façades sont prévues toutes simples, avec des balcons rentrants et des garde-corps en béton, alignés sur la façade.

    Deux autres « tours », prévues en arrière des trois premières, ne verront jamais le jour. À leur place, sur terrain communal, les habitants des Pèlerins ont souhaité conserver leur petit carré de potager : « Les Jardins des Pèlerins », une petite respiration au sein d’un ensemble bien urbanisé.

    1973 : Boutiques et superette

    Enfin, les infrastructures commerciales faisant défaut, un petit immeuble avec une « superette » et des boutiques est conçu en 1973 pour répondre à ces besoins. Les commerces de proximité s’ouvrent sur un patio avec coursive abritée.

    1975 : La cité douanière

    En 1975, l’heure n’est pas encore à l’Europe et à la libre circulation entre France et Italie. Pour loger son personnel nombreux, la Direction des Douanes achète un lotissement de plusieurs hectares aux Petits Champs pour y implanter les sept petits immeubles de la cité douanière.

    [1] Lierres : nom de lieu à rapprocher de Glières : délaissé gravillonné de rivière