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La mémoire de Marcel Wibault, l’atelier du peintre

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C’est à Besançon, où il naît en 1904, que le jeune Marcel Wibault (1904-1998) croque ses premières esquisses, d’abord sur ses cahiers d’écolier, puis, encouragé par son père, à l’Ecole des Beaux Arts.

Diaporama de l’article

  • Légende photo :

    1936 Chamonix au bord de l’Arve

  • Légende photo :

    1967 Hameau des Mouilles

  • Légende photo :

    Le peintre et son épouse Manite dans l’atelier

  • Légende photo :

    1929 La cathédrale de Milan, dessin à la plume

  • Légende photo :

    1975 Panorama géologique de la vallée de Arve jusqu’au Mont-Blanc, commande du Musée de Genève

    Sa jeunesse fougueuse l’emportera bientôt sur les routes de France qu’il parcourt à vélo, avec ses amis. On le verra très souvent prendre la direction de la montagne, et notamment de l’Oisans, massif qu’il chérit particulièrement et où il aime marcher. Il y retracera, sur la toile, quelques-unes de ses plus belles couleurs, quelques-uns de ses plus beaux reflets.

    Après plusieurs séjours à Chamonix, il décide de s’y installer. Nous sommes en 1936. Il loue une petite chambre, d’ordinaire réservée aux postiers saisonniers en été, chez Albert Claret-Tournier, aux Mouilles. Après avoir dû rassurer ses futurs propriétaires qu’il n’est pas atteint de tuberculose, il prend possession des lieux et installe aussitôt son chevalet devant la petite fenêtre ouvrant sur les aiguilles. «Il fait beau, l’air est pur et frais ici, tout près des bois», avouera-t-il plus tard.

    «…Elle est magnifique la montagne. Le Mont-Blanc est éblouissant» Coup de foudre pour le pays ? Il s’y plaît, en tous cas, et ses toiles plaisent. Il peint la nature, il peint les montagnes de Chamonix, les fleurs de la vallée. On le voit partir au petit jour, sac au dos, grimper sur quelque sommet ou s’asseoir au bord d’un glacier pour transcrire sur sa toile la splendide lumière du matin sur les cimes. «Vivement un beau glacier bordé d’arolles et de cascades», écrira-t-il encore…

    Mais le véritable coup de foudre sera pour Marguerite Mercier : «Manite». D’une rencontre un peu fortuite sous un ciel d’orage au Couvercle naîtra une belle histoire d’amour et le 5 octobre 1937, Marcel et Manite convolent en justes noces à Chamonix.

    Pendant plusieurs années, le couple continue d’habiter la petite chambre des Mouilles. La famille Claret-Tournier adopte facilement ce couple sans histoire. Marcel peint beaucoup, ses tableaux plaisent énormément à toute une clientèle de personnes en villégiature à Chamonix. Résidents secondaires et hôteliers en décoreront volontiers leurs salons. On lui en achète parfois comme cadeau de mariage.

    Pendant les beaux jours, il se rend sur site pour travailler, la plupart du temps accompagné de son épouse. Il dispose de quelques sites de prédilection, où la lumière est particulièrement belle, au lever ou au coucher du soleil : la Joux, Trélechamp, Charousse ou Merlet ou – plus haut – Bellachat, le plan des Aiguilles ou le refuge du Couvercle.

    A partir de 1943, après s’être rendu propriétaire d’une petite parcelle de terrain dans ce secteur des Mouilles qu’il affectionne tant, Marcel Wibault entreprend la construction de son chalet. Le soubassement ayant été réalisé par un entrepreneur, il se charge lui-même de la partie «bois» : murs, cloisons et toiture. Il embauche un menuisier pour les travaux spécialisés et un jeune apprenti, Freddy Couttet. «J’ai été apprenti chez le père Wibault dès l’âge de 15 ans. C’était un homme très brave. Jamais il ne disait un mot plus haut que l’autre.»

    Polyvalent, Marcel est également très à l’aise dans le travail du bois. Celui-ci est acheté grossièrement scié ; sur place, il sera dégauchi, raboté et mouluré à la main avant d’être assemblé, voire sculpté. «Marcel Wibault, pendant ces périodes, ne peignait pas. Il disait qu’il ne pouvait pas, que ses doigts, habitués à serrer les outils de menuisier, étaient trop gourds pour tenir une fine brosse à peindre. C’était la même chose lorsqu’il sculptait. Il a sculpté des choses magnifiques. Il était très adroit.»

    «Alpenrose», la rose des Alpes, le rhododendron en langage germanique… C’est aussi le joli nom qu’a choisi Marcel pour son chalet, bien niché à l’abri de la formidable muraille des aiguilles de Chamonix. Dans la petite maisonnette, frises, décors, sculptures et motifs… mettent en valeur le bois sombre des murs, les poutres et solives, les plinthes et les plafonds.

    Sa réussite de peintre, Marcel la doit indéniablement à Manite, son épouse. A Chamonix, on se rappelle l’élégante femme qui, faisant fi des conventions, se range avec ostentation aux côtés de son artiste de mari, le seconde, l’aide dans ses démarches, l’encourage à peindre et à peindre encore, lui servant même de chauffeur lors de ses déplacements d’un côté à l’autre de la vallée.

    Mais ses déplacements le conduisent souvent en haute montagne où il va chercher l’inspiration d’un modèle, les lignes élancées d’une aiguille, le mouvement majestueux d’un nuage couvrant un sommet ou l’éclair doré d’un dernier rayon de soleil couchant… Parfois seul, parfois accompagné d’un ami, il emporte avec lui un matériel lourd. Outre son casse-croûte et sa gourde, il doit porter des vêtements chauds et imperméables, du matériel de montagne avec piolet et crampons, et par-dessus tout, un mini-chevalet avec palette et pinceaux. Au total, il a sur le dos un sac de près de vingt kilogrammes pour chercher, sur les glaciers ou les moraines, l’endroit où le coup d’œil sera le meilleur, la lumière la plus propice et le cadre le plus approprié. Deux panneaux d’isorel complètent son équipement. Recouverts de plusieurs couches d’ocre, ils sont ainsi «prêts à l’emploi», avec un fond de couleur !

    Grâce à ce travail acharné, Marcel Wibault se constituera une clientèle assez prestigieuse parmi laquelle on notera celle du Prince Rainier de Monaco ainsi que celle de notables de la Cour des Pays-Bas.

    Choisi, parmi les plus typiques et les plus belles des demeures chamoniardes, le chalet accueillera, en 1957, M. Dag Hammarksjoeld, secrétaire général de l’O.N.U., plus connu sous le nom de M. H., en visite à Chamonix.